mardi 25 décembre 2012

Complote de Big Apple

Mais où est passé Oussama ?                                                                                                      03/05/11






…Et Ben Laden d’inonder tous nos écrans. Enfin, ce qu’il en reste. Le grand méchant loup de la croisade judéo-chrétienne contre l’Axe du Mal a été proprement écroué, empalé par un tir de M16 en pleine face. Un bon moyen de ne pas avoir à nous en montrer l’image sanguinolente. Faut pas choquer mémé quand même. La démocratie et Gabriel triomphent, les poissons se régalent d’une soupe de djihadiste premier cru. Tout l’occident en est ému. C’est un symbole de la guerre sainte qui l'oppose au monde arabe depuis des siècles qui s’effondre. Les américains n’en quittent plus Ground Zero pour annoncer le triomphe final de l’Amérique bafouée à leurs proches disparus, et au monde entier. T'inquiète Barack, j'crois qu'on a compris le message. Mais avant la parade, les rumeurs viennent perturber une com officielle visiblement mal préparée au fait qu’on puisse se poser des questions sur ce qui pourtant, devrait illuminer tout le monde aussi bien que le miracle de la combustion spontanée. D’abord avec la vraie fausse photo d’un Ben Laden déchiqueté. Bad trip : pas si cons les internautes débusquent au premier coup d’œil le traquenard que déjà les chaînes de télévision se permettaient d’évoquer au conditionnel comme un document authentique : il s’agissait d’une photo déguisée, faite à partir d’un cliché bien connu d’un Oussama en pleine forme. Grossier, la saynète est opportunément renvoyée à la responsabilité des médias pakistanais. Washington révise déjà sa copie.

Ainsi donc Ben Laden faisait-il tranquillement son marché tous les matins dans cette jolie ville d’Abbottabad avant de se faire griller par les satellites de la CIA, qui a décidé avec les plus grandes intentions de justice d’aller lui poser quelques questions, rapport à des avions qui auraient tenté un atterrissage sur le toit de plusieurs cases de l’Oncle Sam. Avec l’aide de leurs amis pakistanais, les américains ont pu entrer en interaction avec le présumé coupable. Malheureusement, les discutions ont mal tourné et ils ont dû lui éclater la tronche. Ensuite, ils ont balancé son corps à la mer, sans doute une sorte de conversion post-mortem au vrai dieu façon Clovis radical. Puis ils se sont recueillis en hommage aux victimes du bourreau. Le scénario idéal effectivement, et il n’en fallu pas plus que le démenti de la participation pakistanaise pour que les Paco rabattes du monde entier soient repris du syndrome de Cotillard. Sur RMC, autoproclamée radio de la vérité, 49% des auditeurs envoient des SMS pour dire qu’ils ne croient pas qu'Oussama Ben Laden soit mort. Et tous les fantasmes du 11 septembre 2011 de frapper à la grille du micro d’un Jean-Jacques Bourdin qui n’en peut plus d’appeler les français d’en bas, de souche ou pas de souche - parce qu’on n’est pas raciste chez RMC -, à se méfier des déclarations des politicards de tous bords et des médias corrompus, et à n’interpréter les choses qu’à l’aune de leur expérience personnelle, de routier, de varois, de mère de famille, même s’il s’agit de géopolitique.

Les théoriciens du complot nous refont l’Histoire façon PMU : Bush il était grave dans la mouise sur la politique intérieure. Tout le monde le prenait pour un crétin. Même les rednecks de l’Arkansas et les quéqués de PACA se foutaient de sa gueule. Walker c’était pas une lumière. Mais heureusement papa avait des relations... Le douzième gosse de Mohammed Ben Laden c’était pas un enfant facile. Dès son plus jeune âge il psalmodiait des trucs moyenâgeux en se balançant recroquevillé sur lui-même comme un orphelin de l’époque Ceausescu. Chaque fois qu’on le contrariait, il hurlait des « Sieg Heil Sieg Heil Sieg Heil ! » En pleine crise d’adolescence, c’était un vrai cauchemar à la maison. Par exemple, dès que papa glissait une main sous la burqa de maman, il proférait des menaces de foudres d’Allah qui s’abattraient sur tous les chiens d’infidèles rongés par la corruption de la chair. Pire que Benoit XVI période Clearasil. Mohammed ne savait plus quoi faire et envoya Oussama dans un centre éducatif ouvert par les américains au nord de l’Afghanistan. Il leur envoyait souvent des photos de lui dansant la tyrolienne avec des Men in Black autour d’un feu de chars soviétiques. Il avait l’air de s’y plaire. Mais quand il revint, c’était pire que tout : ce qui devait être un camp de redressement s’avéra être un stage prolongé dans une secte d’enturbannés lapidateurs de volages. Un monstre créé par nous-mêmes, utilisé contre nous-mêmes ?

L’Oncle George la sentait donc mal avec Walker. Fallait vite trouver un truc pour que ses bœufs de cons citoyens acceptent de revoter pour son gland de gamin. C’est là que lui vint une idée de génie, qu’il s’empressa de glisser à l’oreille de son pote Momo. Lequel un jour vint voir Benny qu’était en train de torturer une poupée gonflable de John Rambo, la bave aux lèvres, les yeux injectés de sang et lui dit : « tu sais mon copain George, l’américain, il dit que si t’es un peu stressé, si t’as un peu trop la gâchette qui te démange, tu peux aller prendre des vacances à Miami, toi et tes potes , profiter de la mer, des gonzesses, du Jack Daniel’s et tout ça. Ca te ferait du bien. Tu pourrais faire du golf, jouer aux courses, vendre des kébabs, prendre des cours de pilotage même. Du pilotage ? Ca te dit rien le pilotage ? Quand t’étais tcho, tu jouais toujours avec l’avion de Batman que papa t’avait offert pour l’Aïd » Et c’était parti : Oussama a pu préparer les attentats du 11 septembre 2001 avec le green pass américain. Ses combattants purent venir aux Etats Unis, se former, apprendre à piloter, obtenir les informations nécessaires sur les vols d’avions de ligne, monter un timing…Et dire qu’il y en a qui flippent de Big Brother What else ! Quand il rentra au pays quand même, il tomba sur un os, un vrai, tout beau tout blanc, auréolé de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes : un certain Ahmad Shah Massoud, un dissident Afghan qui résistait à son copain Omar. Depuis quelques temps déjà il faisait entendre à la communauté internationale que Benny et ses amis talibans allaient frapper les Etats Unis. Il avait tout grillé, et maintenant, il balançait. Il fallait le fumer, mais toutes les caméras étaient braquées sur lui. Il avait été faire le clown au parlement de Strasbourg et était désormais le fétiche du vieil occident des Lumières dans la lutte contre l’obscurantisme taliban. Qu’à cela ne tienne, Oussama expliqua son problème à papa, qui en fit lui-même part à papa Bush, qui lui répondit : « mais y a pas de problème, c’est nous qui assurons sa protection ». Deux jours avant le déclenchement des attaques du 11 septembre, délai suffisamment court pour que le monde n’ait pas le temps de s’interroger quant à la temporalité des évènements, deux journalistes tunisiens munis de passeports belges – et c’est pas une blague – ont pu venir interroger le commandant Massoud sans que leur matériel ne soit vérifié au contrôle. En guise de petit oiseau, c’est un grille-saucisse qui péta à la barbe du Commandant. Deux jours avant que Bush ne tienne définitivement la clé de sa réélection.

Ainsi s’étale la mythologie du 11 septembre, et si on regarde l’enchaînement des choses, on peut tout à fait dégager une logique selon laquelle la moitié des théories du complot n’a rien d’infondé. Bush se serait servi du dissident de ses amis les rois du pétrole pour provoquer une nouvelle guerre sainte et en retirer une nouvelle mandature. Pas si farfelu selon certains historiens qui rappellent que de tous temps nos dirigeants n’hésitèrent pas à sacrifier des milliers de citoyens pour assurer le maintien du pouvoir en place. Ce ne sont pas nos poilus, dont le dernier a disparu il y a peu, qui nous auraient contredits. C’est le principe de l’intérêt national, et en ce qui concerne la politique contemporaine, l’intérêt des lobbies industriels. C’est le principe de la démocratie : si le pouvoir est au peuple, c’est bien au peuple de se sacrifier quand le pouvoir est en danger. La base du contrat social. Comme en 14. Alors, les fanatiques de Jean-Pierre Pernaut sont-ils si à l’ouest que ça ? Le peuple, c’est lui, et il sait bien ce qu’il se prend dans la gueule en termes de vacheries et de mensonges. Il comprend pas tout mais il le sent quand on l’entube. Lui aussi a un trou du cul tout à fait sensible. Comment la Canette aurait-elle pu en venir à évoquer, devant le monde des arts américain, du haut de ses cinq pieds français, et avec tant de candeur, la théorie du complot, si pour elle il n’était pas évident que c’était une hypothèse valable au regard de l’opacité entourant la version officielle ? Et une nouvelle fois, la photo truquée, les déclarations démenties, la disparition du corps, l’orchestration des faits… tout porte à jeter le discrédit sur la communication des autorités américaines. Tout est fait pour alimenter la rumeur, les rumeurs, toutes les rumeurs. Le peuple s’en régale, c’est une occasion inouïe d’alimenter son fantasme de manipulation. Selon la théorie du complot du 11 septembre, il est plus probable que le camp américain ait négocié avec Riyad pour qu’Oussama prenne sa retraite au bercail, en échange d’un anonymat plus que mérité. Quoiqu’il en soit des remous et des rumeurs, du 11 septembre 2001 au 2 mai 2011, nos dirigeants savent qu’il n’y à qu’une Histoire, et que c’est eux qui en décident, à moins que quelque investigateur n’arrive à remonter toutes les preuves démontrant leurs manipulations. Ce qui arrive rarement. Et quand ça arrive, suffit de sortir de derrière les fagots une histoire bien trash d’exaction sexuelle pour casser le Judas, n’est-ce pas Julian ? La bonne vieille recette à faire taire les weaky lips. Alors que doit faire le peuple face à cette impossibilité de savoir si oui ou non on le trompe ? Les uns se résignent à une foi convaincue : « mais non, tout ça c’est des histoires de paranos ; eh les mecs, Matrix, c’est du cinéma ! » et retournent aux urnes voter pâle. Les autres s’érigent du haut de leurs pantoufles sur les barricades de leurs fauteuils Conforama dénonçant l’Etat manipulateur des populaces opprimées. Les uns et les autres sont quasiment démunis de perspective autre que celle de prendre parti aveuglément, et stérilement. Mais il faut aller au-delà des images, de l’info-qu’on gobe-entre-deux-pubs-pour-Coca, voir ce qui se trame au-delà du fait de savoir qui dit ou non la vérité. Rappelons-nous ces philosophes qui nous expliquaient qu’on ne pouvait pas connaître la vérité, mais qu’on pouvait en approcher les contours si l’on regardait les choses d’au-delà du seuil de la grotte.

Ce qui se trame, au-delà des nuages, quand nous voyons Barack Obama à la télé nous annoncer la mort d’Oussama Ben Laden, c’est une civilisation qui se bat coûte que coûte, sans restriction d'agressivité (la "violence légitime"), pour la sauvegarde de son intégrité symbolique. La peur du terrorisme n’est qu’un prétexte pour fédérer les foules et justifier le sang. Il n’y a pas d’impérialisme américain à proprement parler ; l’impérialisme est inhérent à toute nation dans un monde où les espaces de cohabitation et les ressources s’amenuisent. Toutes les guerres mondiales chaudes ou froides qui ont raconté le siècle dont nous émergeons à peine sont des histoires de l’impérialisme. Le 3 mai 2011, en se regardant dans la glace, le petit Nicolas avait déjà dû entendre de son petit doigt Guaino qu’il ne serait pas la star du jour. Il a dû bien pester pour le bordel que ça allait foutre dans sa gestion de la prise d'otage de français par les islamistes. La star du jour, c’est la justice à l’américaine, le fruit des valeurs du melting pot américain triomphant et imposant au monde son ordre et son pouvoir. Alors de savoir si Oussama Ben Laden est bien mort ou pas, si son enveloppe charnelle est toujours animée ou est rongée par les gambas, les peuples devraient n’en avoir cure. Sa figure a certes été baffée, mais ce qu'il représente n'a été que peu transformé, pas plus que la situation géopolitique inhérente. Ce dont devraient se préoccuper les peuples, monsieur Jean-Jacques Bourdin, c’est de savoir s’ils adhèrent ou pas au modèle civilisationnel qui fait ainsi porter sa coupe sur le monde. Délétères de tous pays, masturbez-vous !

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